Patrimoine


L'église

Sur le territoire de la commune de Lansargues existaient au Moyen-Age quatre églises paroissiales dépendant de l'évêché de Maguelone: Saint-Pierre d'Obilion, Saint-Denis-du Ginestet, Saint-André-de-Moulines et Saint-Martin de Lansargues.

La première mentionnée en 1258 disparut très tôt, ruinée sans doute pendant la guerre de Cent-Ans. Saint-Denis du Ginestet et Saint-André de Moulines qui étaient des prieurés dépendant du Chapitre cathédral de Maguelone, qui en nommait les prieurs et en percevait la dime, durent ruinées au 16ème siècle pendant les guerres de religion et ne furent jamais rebâties. Leurs prieurs et leurs paroissiens furent alors rattachés à saint-Martin de Lansargues qui, depuis 1474, avait été donné par le pape Sixte IV au chapitre collégial de saint Sauveur de Montpellier. La paroisse de Saint-Martin de Lansargues eut désormais , et jusqu'à la révolution, trois prieurs.

En 1962, des labours profonds mirent fortuitement à jour des vestiges archéologiques provenant de la vieille église Saint-Denis du Ginestet, dans les champs de M. Bardon, dont un fragment de chancel carolingien.

L'église romane de Saint-Martin de Lansargues fut elle aussi gravement endommagée pendant les guerres de Religion; encore "descouverte et bruslée" en 1594, elle fut réparée sommairement en 1596, sur la demande de l'évêque, afin d'accueillir, outre les habitants de Lansargues, les paroissiens des églises ruinées de Saint-Denis et de Saint-André. Afin de l'agrandir, on construisit à la même époque , au nord de la nef romane, une vaste chapelle gothique voutée d'une croisée d'ogives , dédiée à N.D. du Rosaire, dévotion alors propagée par les Dominicains. En 1657 , l'église étant jugée encore trop petite , l'évêque de Montpellier ordonna la construction d'une seconde chapelle symétrique de celle de N.D. du Rosaire , sur le flanc Sud de la nef romane ; mais faute d'argent, celle-ci ne devait etre bâtie qu'en 1670.

Les péripéties d'une construction

L'église romane ainsi agrandie mais menaçant ruine (on l'avait surchargée de tribunes pour contenir davantage de fidèles), en 1701 l'évêque de Montpellier ordonna aux consuls de Lansargues et au chapitre de Saint-Sauveur de Montpellier qui percevait la dime à Lansargues , de bâtir une église neuve de grandes. Les plans de celle-ci furent demandés à Antoine Giral, architecte à Montpellier, dont la renommée locale était alors importante (promenade du Peyrou, hôtels particuliers, etc..). Mais le chapitre de St-Sauveur qui devait participer pour un tiers aux dépenses , contesta l'ordonnance épiscopale et fit trainer les choses par un procès! En 1725 l'évêque réitéra ses ordres: l'on commença à acheter terrains et immeubles voisins, l'on fit venir Giral pour modifier son plan, etc... En 1728 enfin eut lieu l'adjudication des travaux, en faveur de Joseph Sellier, Maître maçon du Crès, qui s'engageait à exécuter les plans de Giral pour la somme de 9800 livres : 3800 fournies par le chapitre de St-Sauveur (à qui incombaient le chœur et la sacristie), et 6000 par les habitants de Lansargues (qui devaient financer la nef). On dut attendre le 21 Mars 1729 pour voir poser la première pierre de l'église actuelle dont les travaux se prolongèrent jusqu'en 1740 à cause des imprévus (achat de maisons, conservation délicate de la chapelle du Rosaire) et de la mauvaise volonté du chapitre de st-Sauveur. Le 18 Mars 1740, Monseigneur de Charancy pouvait enfin bénir l'édifice, mais le retable en pierre de St Géniès (et non en marbre comme l'avait prévu Giral) ne devait être réalisé qu'en 1746! La même année était achevé le clocher, construit sur les bases du clocher médiéval que l'on avait conservé jusque-là. Sur les 24.459 livres qu'avait coûté l'édifice le chapitre n'en avait payé finalement que 3.760 !

Mise en vente comme bien national sous la révolution, elle passa entre plusieurs mains avant d'être acquise en 1797, au prix de 4.000 Francs, par les habitants de Lansargues constitués en société d'actionnaires. La commune ne devait en devenir propriétaire qu'en 1970.

Les vestiges du Moyen-Age

De l'église médiévale subsistent, à l'heure actuelle, d'une part, un important fragment de de l'abside romane dont le très beau décor sculpté est visible dans les combles du presbytère attenant à l'église ; d'autre part, l'ancienne chapelle N.D. du Rosaire devenue la sacristie. L'église romane, qui était assez semblable à celle de Valergues - une courte nef de deux ou trois travées voutées en berceau - possédait un riche décor extérieur, non seulement autour de l'abside, mais également sur les murs latéraux, ainsi qu'en témoignent des fragments encore visibles dans le clocher. Le décor de l'abside, constitué d'une fine arcature surmontée d'un triple cordon de d'engrenages, de torsades et de billettes sous une corniche sculptée de motifs variés (volutes, chevrons, palmettes) présente beaucoup de similitudes avec celui qui orne la façade de l'église romane St Pierre de Montaubérou, entre Montpellier et Mauguio.

L'église du XVIIIème siècle

Orientée Nord-Sud, donc perpendiculaire à la nef de l'église romane, l'édifice de Giral s'inspire des modèles classiques qu'étaient les églises des Jésuites au XVIIème siècle, N.D. des Tables à Montpellier par exemple : une large nef flanquée de chapelles latérales et un chevet plat orné d'un grand retable à colonnes surmonté d'un fronton cintré. Le décor de la nef demeure très sobre: pilastres classiques à chapiteaux ornés de feuillages, grandes arcades latérales à la mouluration nerveuse. Vers 1890 ce décor a malheureusement été surchargé par un placage de marbre rouge sur les pilastres et d'énormes têtes d'anges, en stuc, à la clé des arcs des chapelles, tandis que l'appareil de pierre de taille était masqué par des enduits et un peinture rougeâtre d'un effet plutôt triste.

Le grand retable, exécuté en 1846 selon le projet de Giral par le sculpteur et marbrier Roger, de Montpellier, ne manque pas d'allure avec ses puissantes volutes latérales et ses colonnes corinthiennes ornées de pampres. L'autel qui abritait au XVIIIème siècle, en marbre polychromes et de style Louis XV, a été déplacé au XIXème siècle pour laisser la place à l'autel actuel en marbre blanc; il se trouve aujourd'hui dans la chapelle de la vierge.

Enfin, il y a lieu de signaler, outre les retables en bois et stuc du XIXème siècle des chapelles latérales, une très belle "Mise au tombeau" , reproduction unique et fidèle d'une oeuvre de la renaissance exécutée en 1859 par les frères Virebent, de Toulouse, et dont l'original qui était alors au château de Biron en Périgord, se trouve aujourd'hui au Metropolitan Museum de New-York. Elle fut offerte à l'église dans les années 50, par l'abbé Cabrol, curé de Lansargues.

** Texte réalisé d'après l'exposé réalisé par M. Robert Saint-Jean, Conservateur des monuments historiques **


Au-dessus du tambour, depuis l'intérieur de l'église, on peut voir la plus vieille représentation des armoiries de Lansargues qui se lisaient ainsi à l’origine : de gueule à deux lances d’or passées en sautoir, surmontées d’une gerbe d’or de même, et au chef cousu d’azur, chargé d’un soleil d’or accosté de deux étoiles de même. Mais voilà …Si le village produisait du blé, il produisait aussi du vin. Y eut-il oubli de la grappe de raisin ? Toujours est-il qu’avec la poussée grandissante de la vigne au milieu du XIXe siècle, on ajouta celle-ci au blason.

L'édifice a été classé au titre des monuments historiques en 1979.

Photos d'hier et d'aujourd'hui